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23 juin 2008 1 23 /06 /juin /2008 11:42
 

Superman est idiot…..



Au-dessus de la presse, Superman1 veille, épie le travail de Marc Brunier-Mestas. On l’imagine, la nuit venue, virevoltant dans l’atelier, comme le bourdon à la recherche d’un havre de pollen, en haletant à la vue des supercheries, des croisements incertains, des figurations de résurrection du maître graveur.

L’atelier de Marc Brunier-Mestas est à la fois une forêt à la Albrecht Dürer, dense et aiguë, et un monde à la Lewis Carrol, un monde multidimensionnel. Tout le travail s’y développe, fait d’épreuves, plus ou moins abouties, et d’objet-personnages bricolés de papier, de fines plaquettes de bois et de résine.

Il est des idées préconçues dont il est difficile de se débarrasser, comme celle qui veut que l’atelier d’un maître graveur, devant le haut degré de technicité nécessaire, soit savamment ordonné. Ici, on est en présence d’une forêt, ou peut-être d’un jardin anglo-chinois, qui présente là une rocaille, un peu plus loin une clairière, avec en son centre des pavillons exotiques siéges du labeur créatif.

 

Au visiteur, l’atelier offre une déambulation jubilatoire, tant il y a de bosquets à explorer. Chaque espace est une tentation pour les mains exploratrices. Les objet-personnages pendent du plafond ou sont disposés sur les meubles, sortes d’hybrides qui assemblent figuration humaine et animale, un peu comme l’Antiquité et sa brouette de divinités.
               Le travail de Marc Brunier-Mestas est empreint d’un savant dosage subversif. En quelques associations, il dit tout le mal qu’il pense de la nature humaine. Ou, s’il n’en dit pas du mal, il en révèle la complexité. Dans sa série « Entre chiens et loups », il œuvre à la façon d’un film noir, avec des cadrages serrés sur des expressions évocatrices, un peu à la Eisenstein.

Dans « Je vous trouve bien songeuse », les héroïnes poussent des cris dont on ne sait s’ils sont de plaisir ou d’effroi au sein d’une composition chaotique, venant renforcer l’aspect d’équilibre précaire.

Dans ses représentations de la nature, l’homme s’efface devant elle mais il n’en est jamais éloigné ; il y est présent en dose homéopathique et, comme cette dernière, en attente d’efficacité. 
              
               Superman a beau guetter le travail de l’artiste, il n’en comprend pas la moindre subtilité. Son ancêtre épiait déjà Albrecht Altdorfer2, maître graveur et peintre qui fut le premier à représenter des paysages sans personnages, ni sujet. Superman est atteint d’idiotie, non de celle attachante du simplet, mais de celle véhiculée par la jalousie de celui qui ne saura jamais avoir l’humour et la technicité nécessaires.

Christian garcelon     Inspecteur et conseiller arts plastiques

1-Superman est un personnage-objet construit par l’artiste placé au-dessus de sa presse.

2-Albrecht Altdorfer (1480-1538), artiste de l’Europe du Nord connu pour ses eaux-fortes et ses aquarelles, et comme le premier à avoir représenté le paysage pour lui-même.

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